Adolf Satan ‎– Adolf Satan

Sorti en 2020 chez Limited Appeal Records

On croyait avoir tout vu en nom de groupe, mais celui-là m’amuse assez. Pour assumer un tel nom, rien ne valait la bande de freaks barjots de Boston qui s’articulent autour des deux groupes déviants légendaires que sont Kilslug et Anal Cunt. C’est en cherchant des informations sur Larry Lifeless, l’étonnant vocaliste (on ne peut pas appeler ça un « chanteur ») de Kilslug, que je suis tombé par hasard sur Adolf Satan, un de ses nombreux side-projects. Outre le fait de ressembler à un croisement infâme entre Philippe Katerine et Michel Houellebecq, Lifeless entame sa carrière au début des années 80 au sein des géniaux post-punkers très crades The Sickness pour enchaîner avec Kilslug dès 1982, son groupe phare, qui va laisser à la non-postérité une série de galettes déjantées lorgnant sur le métal, le punk, le spoken word satanique et l’amateurisme total. Kilslug est énorme, et Upsidedown Cross, un autre des projets de ce fou de Larry, n’est pas en reste non plus. Toujours cette musique maudite, lente, malsaine, portée par des vocalises de troll possédé : la mixture idéale entre Black Sabbath et les Butthole Surfers. Ces groupes sont un « trip » dont on ne ressort pas indemne. Difficile de résister au génie d’une telle musique, si simple et malheureusement si rare.

Adolf Satan, le bien nommé, est surtout le projet de Lifeless avec Josh Martin, le guitariste d’Anal Cunt (un des combos grind les plus psycho de l’histoire, emmené par son hurleur fou Seth Putnam – décédé à 43 ans). Musicalement, il s’agit d’une version extrême de Kilslug. On retrouve Larry éructer d’une voix de psychopathe une litanie d’horreurs, pendant que tourne, sans corrélation, la musique heavy et dépravée du reste du groupe. Les chansons sur ce disque-anthologie, sont pour la plupart des démos. Mais quelles démos ! C’est un festival unique en son genre de demi-tons, d’accords déviants et de « tritons », traités avec un son punk, voire noise, d’un effet particulièrement jouissif. On touche au génie et on est bien content que personne ne connaisse ce groupe qui s’en sort avec un LP sur un petit label qui pastiche « Let it be » avec simplement une feuille collée à l’arrache sur une pochette toute blanche. DIY or DIE ! Grand !